Autocritique

Recto de l'affiche du spectacle AutocritiquePrésentation

Adaptation des pièces « Richard III n’aura pas lieu » et « L’Histoire du communisme racontée aux malades mentaux » de Matei Vișniec.

Mise en scène et adaptation : Baptiste Portelli

Création musicale : Progressive Drum School sous la direction de Philippe Jeoffroy

Date de création : juin 2014

Synopsis : « Moscou, 1937 … la terreur est à son paroxysme. Tout ce qui ne sert pas directement la propagande stalinienne est liquidé purement et simplement dans l’intérêt même du peuple. Tout ce qui dévie d’un iota de la politique réaliste prônée en matière culturelle est suspect, qualifié de déviationniste. Les artistes, qui avaient accompagné la Révolution d’Octobre sont désormais taxés de formalisme et enfermés les uns à la suite des autres, quand ils ne se suicident pas. Une novlangue sert alors de vecteur à la construction d’une société nouvelle servant les intérêts d’une bande d’arrivistes tenus par la peur inspirée par Staline. »

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Presse

Critique de Philippe Chignier, aux membres de la FNCTA :

« Vous n’avez plus que 4 représentations prévues par « Tribu’lations théâtrales » pour voir Autocritique, pièce monumentale qui combine deux textes majeurs de Matéi Visniec : Histoire du communisme raconté aux malades mentaux, et Richard III n’aura pas lieu : les 6, 7, 10 juin à 20h30 et le lundi 9 juin à 19heures. C’est au Rex à Feyzin : depuis Lyon, prendre l’A7 et sortir à Feyzin, direction le quartier Les Razes. Le Rex est au 3 rue des Razes, en bordure de la grande place.

Verso de l'affiche du spectacle AutocritiqueJe ne sais pas ce que penserait l’auteur de cette réunion des deux pièces en un seul spectacle. De mon humble point de vue, c’est une réussite. Le fil conducteur est le metteur en scène Meyerhold, ostracisé par Staline : devant monter Shakespeare (outre Richard III, Hamlet est très présent dans le texte), le pouvoir lui reproche de tourner le dos au « théâtre nouveau » à portée de public populaire et l’enjoint de préférer à Shakespeare, mythe bourgeois vieilli, des fadaises qui ne disent rien. (Ce qui hélas n’est pas le privilège du stalinisme : voir Théâtre et Animation d’avril 2014). Pour sa peine, on lui confie la rééducation des malades mentaux de l’Hôpital Central de Moscou tout en multipliant surveillance et convocations concernant son travail.

Le spectacle est réalisé par 25 comédiens dont près de la moitié sont aussi musiciens. Le plateau nu où trône cependant une estrade est encadré des drapeaux de l’URSS et des portraits géants du petit père des peuples, auquel plus tard fera face celui du supposé William Shakespeare. Aux tambours de scène s’ajoute une bande son impeccable où le rock (parfois hard ou metal) constitue un contrepoint et parfois quelques clins d’oeil. Au sein d’un collectif fort bien dirigé et cohérent, la performance de Baptiste Portelli est exceptionnelle : ses silences sont éloquents, ses répliques cinglantes et ses rares monologues d’une beauté saisissante.

Si c’était un spectacle dénonçant le stalinisme, ce serait bien mais pas nouveau. Or les deux pièces réunies traitent surtout de la mise au pas de la pensée, de la liberté de l’art et des obstacles dressés contre elle lorsque règne la démagogie. En cela le spectacle est actuel, il est urgent de le voir, d’en apprécier à chaque instant la violence et l’humour, pour éventuellement le méditer ensuite. »

Le Progrès, 21 mars 2015 :

Article paru dans Le Progrès le 21 mars 2015 sur le spectacle AutocritiqueMédias